"Ο λόγος ο εφήμερος βαστά μόνο μια μέρα
το άρωμά του όμως κρατεί και νύχτα και ημέρα"
Στ.Γ.Κ., Νοε. 2010

Une histoire de Noel etrange et emouvante… (en francais)

 

 

 

 

La veillée de Noël  (PREMIERE GUERRE MONDIALE),

Une trêve dans cette guerre, Les Tommies et  des Boches

Quelques temps après l’attaque décrite au chapitre précédent, nous quittions les tranchées pour regagner les cantonnements à l’arrière. Nous approchions Noël mais nous savions que nous passerions cette fête dans les tranchées puisqu’on y retournerait le 23 décembre.

Je me souviens avoir été très déçu de cette malchance, comme si  quelque chose nous était tombé sur la tête. Mais aujourd’hui, avec le recul du temps, pour rien au monde, je n’aurais voulu manquer cet étrange et unique jour de Noël.

Nous retournions donc le 23. Maintenant, le temps était devenu beau et froid. A l’aube du 24 décembre, la journée, givrée,  s’annonçait calme.  L’ambiance de Noël nous marquait tous : nous essayions de décorer quelque peu avec n’importe quel moyen, de manière à ce que Noël  ne soit pas un jour comme les autres.  Des invitations à prendre des «petits repas» circulaient d’un abri à l’autre.  La veille de Noël fut, grâce à la bonne météo, tout ce qu’elle a dû être.

J’avais été invité à me rendre à un abri un peu plus loin, pour participer à un dîner plutôt spécial, sans l’habituel Bully et Maconochie. Une bouteille de vin rouge et un mélange de conserves envoyées d’Angleterre ont fait l’affaire.  Durant toute la journée, pas un seul obus n’a éclaté, et de plus, nous sentions bien que les Boches aussi aspiraient un peu de tranquillité.  Il planait un sentiment invisible et intangible par-dessus les marais gelés, séparant les lignes, où l’on se disait tous : «C’est la veillée de Noël pour nos deux camps, quelque chose nous relie !»

Vers 10 heures du soir, je sortis de l’abri où j’avais été invité pour retourner vers le mien. En arrivant dans mon secteur, je trouvais la plupart des hommes debout, rassemblés dans la tranchée, le cœur joyeux. Ca chantait, racontait, plaisantait à propos de notre veillée de Noël tellement contrastée par rapport au vécu des autres soirées.  L’un de mes soldats s’approcha et me dit :

- «Vous pouvez les entendre clairement, Monsieur ?»

- «Entendre quoi ?» demandais-je

- » Les Allemands, là-bas, Monsieur, écoutez-les chanter et taper sur un objet métallique en guise d’accompagnement «

J’écoutais. A l’opposé du no-man’s-land, parmi des ombres qui bougeaient, je pouvais entendre dans l’air glacial, un murmure de voix ainsi que quelques brèves mélodies de chansons que je ne connais pas. En allant sur la droite, on entendait plus distinctement. Je regagnais mon «trou» pour y trouver le chef de peloton.

- «Entendez-vous les Boches qui provoquent tout ce chahut, là-bas ?»

- «Oui, cela fait déjà un bon bout de temps»

- «Venez, allons voir sur le coin de la tranchée, là-bas, c’est plus près !»

Avec beaucoup de difficultés, nous traversons notre nouvelle galerie, dure et gelée; nous grimpons au-dessus du rempart pour progresser à travers champs vers notre bout de tranchée, à droite. Tous deux, nous faisions silence et écoutions.  Un groupe de Boches s’improvisait à l’interprétation de «Allemagne, Allemagne, par-dessus…» En réplique, quelques-uns uns de nos bons musiciens à l’harmonica jouèrent des ritournelles de chansons entraînantes allemandes.  Tout à coup, en entendant des clameurs confuses des autres, on y prêtait mieux l’oreille. Cela s’enchaîne par des rires. Dans la nuit, une voix s’élève, en anglais avec un horrible accent germanique :

- «Venez par ici !».

Aussitôt, un élan de joie plane au-dessus de nos tranchées d’où jaillissaient des rires et des airs d’harmonica. Lors d’une brève accalmie, un de nos sergents répète la demande:

-  «Venez par ici !»

- «Vous, venez à mi-chemin, je fais l’autre moitié du chemin» répondit-on

-  «Avancez alors» répliqua le sergent

- «Je viens aussi»

- «Eh, mais vous êtes deux !» fit le sergent

Soit, après quelques méfiances et d’amusantes dérisions émanant des deux côtés, notre sergent s’avança entre les deux lignes. Rapidement, nous n’avons plus pu le voir, mais, à ce que nous avons pu entendre, dans ce pesant silence, nous entendions le début d’une conversation hésitante. Peu de temps après, le sergent revenait avec, en mains, quelques cigares et cigarettes allemands en échange d’un peu de Maconochie et une boîte de conserve «Capstan». Cette rencontre fut brève mais elle a apporté la touche qu’il fallait en cette veille de Noël : un peu d’humanité dans notre ordinaire routinier.

Après des mois de canonnades et de fusillades vengeresses, cette courte période venait nous redonner à tous un peu d’espoir au milieu de ces antagonismes monotones et journaliers. Notre ardeur et détermination ne diminuèrent pas pour autant, mais elles apportèrent une ponctuation teintée d’un peu plus d’humanité dans nos vies remplies de froide haine.

Vraiment bien tombée, cette veillée de Noël qui n’avait cependant rien de comparable à ce que nous allions vivre le jour suivant.

De bon matin, le jour de Noël, je me réveillai très tôt pour émerger de mon abri. Une belle journée s’annonçait : un ciel bleu sans nuage. Le sol, gelé et blanc, se muait devant les bois dans un épais brouillard bas. Presque une fiction, ce décor ressemblait aux cartes postales de Noël peintes par les artistes.

Dans cette ambiance de Douce Nuit, je me mis à méditer. «Comment cette haine est-elle possible, avec cette guerre, ces affres, en un jour pareil ?» Sentir cette Paix et cette Bonne Volonté devient indescriptible et agira sur le déroulement de la journée.  Effectivement, je ne fus pas loin de la vérité et de plus, j’étais conscient et heureux d’être là, dans ces tranchées, un jour de Noël, et d’être témoin en premières loges pour l’épisode exceptionnel qui prenait place.

La joie planait partout et apportait, en cette matinée, une sérénité qui nous faisait oublier l’inconfort du front. Une journée – type pour une déclaration de Paix !  En cette fête de Noël, quelle belle finale cela ferait !

Soudain, il me semblait entendre un long chant de sirène.  Chacun s’interrogea : «Qu’est-ce que cela ?»  Une nouvelle sirène retentit tandis qu’apparaissait une petite silhouette courant à travers la boue toute gelée. En agitant quelque chose, il se rapprochait. C’était un coursier du télégraphe apportant une dépêche qu’il me tendit. Mes doigts tremblaient en ouvrant le pli : «Arrêtez la guerre, retournez à la maison. Georges R.I.»  A la vôtre!  Non mais… ce fut une belle journée, et cela était le plus important.

Se baladant par la suite dans les tranchées, en discutant de la rencontre la nuit précédente, on se rendit compte soudain, que là-bas, on pouvait clairement apercevoir un groupe d’Allemands.  Cheveux au vent, leurs têtes bougeaient par-dessus le parapet, sans la moindre précaution. La silhouette complète d’un Allemand se dressa maintenant pour regarder autour de lui. Il ne fallut pas longtemps pour que «notre Bert» se dessine distinctement sur l’horizon. Cette audace devint contagieuse. Ce fut le signal pour plusieurs Allemands à se montrer eux-aussi. Ils furent aussitôt imités par quelques-uns uns des nôtres, Alf et Bill, si bien qu’en quelques secondes, une petite dizaine de belligérants s’avançaient les uns vers les autres au milieu du no-man’s-land.

Inimaginable ! Incroyable !

Moi aussi, je suis sorti des tranchées et me suis avancé pour voir.  Vêtu d’un uniforme kaki tout crotté, portant une peau de mouton et un passe-montagne, je rejoignis l’attroupement qui s’était rassemblé entre les lignes anglaises et allemandes.

Nous avons tous ressenti quelque chose de bizarre : Ici, devant nous, il y avait ces malheureux bouffeurs de saucisses qui, en déclenchant cette guerre européenne infernale, nous avaient, tout comme eux, tous plongés dans ce «merdier». Ce fut ma première entrevue à «huis clos» avec eux, les redoutables soldats de l’armée germanique. Nous n’avions pourtant pas un grain de haine, ni d’un côté, ni de l’autre, ce jour-là. Faut-il dire que dans notre camp, pas un seul d’entre nous n’avait eu l’envie de se battre et de s’ entretuer. Cela ressemblait comme à une pause entre deux rounds pendant un match amical de boxe.

Nos allures vestimentaires différaient fortement. Nous, les Anglais, dans nos uniformes kaki, sales, boueux et déchirés, avec une grande variété apportée par les couvre-chefs (des passe-montagnes de laine, des cache-nez, des casques cabossés formions un groupe jovial, cordial, humoristique à côté des autres, les Allemands, sombres dans leur uniforme vert-de-gris, avec leurs bottes et leur casque à pointe, qui affichaient l’air impassible des Huns.

Pour être bref, mon impression était que nous étions franchement sociables, sincères et dotés d’un bon moral, en regard de ces gens moroses, sans imagination et pervertis par une culture qui les considéraient comme des objets dont on peut s’amuser !

«Regarde celui-là, la-bas, Bill» aurait pu dire «notre Bert» en pointant du doigt l’un ou l’autre énergumène, parmi nous. Parmi eux, je me suis baladé pour glaner autant d’impressions qu’il m’était possible de faire. Deux ou trois Allemands semblaient particulièrement s’intéresser à ma personne en me dévisageant de la tête aux pieds. L’un d’eux me demanda :

- Offizier?» Je hochais de la tête en voulant dire «oui», car ce geste est universel et… je ne parle allemand.

Tous ces gaillards voulaient se bien montrer amicaux, mais pas un n’avait la spiritualité franche des nôtres. Plus loin, les uns et les autres parlaient, riaient, s’échangeaient des souvenirs.  Un rien collectionneur, je repérai un officier allemand qui devait être un lieutenant. Je lui ai aimablement  demandé pour avoir quelques boutons de sa veste. Après avoir bavardé à deux, sans bien se comprendre à vrai dire, nous avons procédé à un échange. J’avais un couteau sur moi et avec précaution, je lui ôtai deux boutons que je mis en poche en échange de deux des miens. Pendant qu’on y allait à bavarder en onomatopées, l’un des «laager-schifters» signala qu’une bonne idée venait d’être émise : un Allemand revint de sa tranchée muni d’un appareil photographique. On forma un groupe tandis qu’il prit plusieurs photos. J’ai, depuis lors, toujours regretté de ne pas avoir convenu d’un arrangement pour me procurer un tirage. Sans doute, qu’aujourd’hui, cette photo bien encadrée trône sur le manteau d’une cheminée, montrant ainsi, clairement et sans équivoque, comment, un jour de Noël, un groupe d’Anglais perfides se sont rendus sans conditions aux courageux Allemands.

Lentement, le rassemblement se dispersa par un pressentiment partagé que nos autorités respectives n’apprécieraient pas cette fraternisation. Nous nous sommes séparé sur l’impression que cette compréhension mutuelle, amicale, servirait, après Noël, à aboutir à plus de tranquillité.

Ma dernière vision de cette trêve fut le geste d’un de mes mitrailleurs, coiffeur dans la vie civile, occupé de couper les cheveux anormalement longs d’un Boche, docile, assis par terre devant lui, en lui remontant sa tondeuse automatique le long de la nuque.

 

 

 


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