"Ο λόγος ο εφήμερος βαστά μόνο μια μέρα
το άρωμά του όμως κρατεί και νύχτα και ημέρα"
Στ.Γ.Κ., Νοε. 2010

Πανσέληνος-Pleine lune, poesie francaise (2015)

 

 

 

LUNE-Poesie francaise

1.-Tristesses de la lune (Charles Baudelaire, 1821-1867)

 

“Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;

Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,

Qui d’une main distraite et légère caresse

Avant de s’endormir le contour de ses seins,

 

Sur le dos satiné des molles avalanches,

Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,

Et promène ses yeux sur les visions blanches

Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

 

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,

Elle laisse filer une larme furtive,

Un poète pieux, ennemi du sommeil,

 

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,

Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,

Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil”

 

2.- La lune (Theophile Gautier, 1811-1872)

“Le soleil dit à la lune:

» Que fais-tu sur l’horizon?

Il est bien tard, à la brune,

Pour sortir de sa maison.

L’honnête femme, à cette heure,

Défile son chapelet,

Couche son enfant qui pleure,

Et met la barre au volet.

Le follet court sur la dune;

Gitanas, chauves-souris,

Rôdent en cherchant fortune;

Noirs ou blancs, tous chats sont gris.

Des planètes équivoques

Et des astres libertins,

Croyant que tu les provoques,

Suivront tes pas clandestins.

La nuit, dehors on s’enrhume.

Vas-tu prendre encor ce soir

Le brouillard pour lit de plume

Et l’eau du lac pour miroir?

Réponds-moi. – J’ai cent retraites

Sur la terre et dans les cieux,

Monsieur mon frère; et vous êtes

Un astre bien curieux !”

3.- Clair de lune (Paul Verlaine, 1844-1896)

 

“Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques.

 

Tout en chantant sur le mode mineur

L’amour vainqueur et la vie opportune,

Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

 

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d’extase les jets d’eau,

Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres”

4.- Ballade à la lune (Alfred de Musset, 1810-1857)

 

“C’était, dans la nuit brune,

Sur le clocher jauni,

La lune

Comme un point sur un i.

 

Lune, quel esprit sombre

Promène au bout d’un fil,

Dans l’ombre,

Ta face et ton profil ?

 

Es-tu l’oeil du ciel borgne ?

Quel chérubin cafard

Nous lorgne

Sous ton masque blafard ?

 

N’es-tu rien qu’une boule,

Qu’un grand faucheux bien gras

Qui roule

Sans pattes et sans bras ?

 

Es-tu, je t’en soupçonne,

Le vieux cadran de fer

Qui sonne

L’heure aux damnés d’enfer ?

 

Sur ton front qui voyage.

Ce soir ont-ils compté

Quel âge

A leur éternité ?

 

Est-ce un ver qui te ronge

Quand ton disque noirci

S’allonge

En croissant rétréci ?

 

Qui t’avait éborgnée,

L’autre nuit ? T’étais-tu

Cognée

A quelque arbre pointu ?

 

Car tu vins, pâle et morne

Coller sur mes carreaux

Ta corne

À travers les barreaux.

 

Va, lune moribonde,

Le beau corps de Phébé

La blonde

Dans la mer est tombé.

 

Tu n’en es que la face

Et déjà, tout ridé,

S’efface

Ton front dépossédé.

 

Rends-nous la chasseresse,

Blanche, au sein virginal,

Qui presse

Quelque cerf matinal !

 

Oh ! sous le vert platane

Sous les frais coudriers,

Diane,

Et ses grands lévriers !

 

Le chevreau noir qui doute,

Pendu sur un rocher,

L’écoute,

L’écoute s’approcher.

 

Et, suivant leurs curées,

Par les vaux, par les blés,

Les prées,

Ses chiens s’en sont allés.

 

Oh ! le soir, dans la brise,

Phoebé, soeur d’Apollo,

Surprise

A l’ombre, un pied dans l’eau !

 

Phoebé qui, la nuit close,

Aux lèvres d’un berger

Se pose,

Comme un oiseau léger.

 

Lune, en notre mémoire,

De tes belles amours

L’histoire

T’embellira toujours.

 

Et toujours rajeunie,

Tu seras du passant

Bénie,

Pleine lune ou croissant.

 

T’aimera le vieux pâtre,

Seul, tandis qu’à ton front

D’albâtre

Ses dogues aboieront.

 

T’aimera le pilote

Dans son grand bâtiment,

Qui flotte,

Sous le clair firmament !

 

Et la fillette preste

Qui passe le buisson,

Pied leste,

En chantant sa chanson.

 

Comme un ours à la chaîne,

Toujours sous tes yeux bleus

Se traîne

L’océan montueux.

 

Et qu’il vente ou qu’il neige

Moi-même, chaque soir,

Que fais-je,

Venant ici m’asseoir ?

 

Je viens voir à la brune,

Sur le clocher jauni,

La lune

Comme un point sur un i.

 

Peut-être quand déchante

Quelque pauvre mari,

Méchante,

De loin tu lui souris.

 

Dans sa douleur amère,

Quand au gendre béni

La mère

Livre la clef du nid,

 

Le pied dans sa pantoufle,

Voilà l’époux tout prêt

Qui souffle

Le bougeoir indiscret.

 

Au pudique hyménée

La vierge qui se croit

Menée,

Grelotte en son lit froid,

 

Mais monsieur tout en flamme

Commence à rudoyer

Madame,

Qui commence à crier.

 

» Ouf ! dit-il, je travaille,

Ma bonne, et ne fais rien

Qui vaille;

Tu ne te tiens pas bien. »

 

Et vite il se dépêche.

Mais quel démon caché

L’empêche

De commettre un péché ?

 

» Ah ! dit-il, prenons garde.

Quel témoin curieux

Regarde

Avec ces deux grands yeux ? »

 

Et c’est, dans la nuit brune,

Sur son clocher jauni,

La lune

Comme un point sur un i.”

5.- Clair de lune, VICTOR HUGO

 

Per amica silentia lunae

Virgile

 

«La lune était sereine et jouait sur les flots. —

La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,

La sultane regarde, et la mer qui se brise,

Là-bas, d’un flot d’argent brode les noirs îlots.

 

De ses doigts en vibrant s’échappe la guitare.

Elle écoute… Un bruit sourd frappe les sourds échos.

Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,

Battant l’archipel grec de sa rame tartare ?

 

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,

Et coupent l’eau, qui roule en perles sur leur aile ?

Est-ce un djinn qui là-haut siffle d’une voix grêle,

Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

 

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? —

Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,

Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé

Du lourd vaisseau, rampant sur l’onde avec des rames.

 

Ce sont des sacs pesants, d’où partent des sanglots.

On verrait, en sondant la mer qui les promène,

Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine… —

La lune était sereine et jouait sur les flots.

(Hugo, Victor, «Clair de lune», Les rayons et les ombres, Paris, Gallimard, 1970 [1840]

 

6.- Il était une fois (Thierry Lorho)

 

«D’anciennes légendes nous racontent qu’un jour

La déesse des songes pleura de bonheur

Une larme glissa de ses yeux de velours

Et fut emportée par des anges-créateurs

 

Pour en faire un joyau ces faiseurs d’univers

Sculptèrent cette perle ainsi la Lune est née

Et chaque soir s’étend sur la voisine terre

La divine lueur de la grâce beauté

 

Agenouillé et humble j’ai levé les yeux

Un intense moment d’adoration totale

J’ai prié élevant mon âme vers les cieux

 

Le monde se révèle à la lumière pâle

De la magie lunaire ma muse adorée

Ma plus fidèle amie ma plus fidèle alliée»

 

7.-La lune blanche (Paul Verlaine)

 

“La lune blanche

Luit dans les bois;

De chaque branche

Part une voix

Sous la ramée…

 

O bien aimée.

 

L’étang reflète

Profond miroir,

La silhouette

Du saule noir

Où le vent pleure…

 

Rêvons, c’est l’heure.

 

Un vaste et tendre

Apaisement

Semble descendre

Du firmament

Que l’astre irise…

 

C’est l’heure exquise”.

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Bonne nuit de pleine lune

 

P.S. Les images sont de Loui JOVER

 


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